mardi 19 mai 2015

Les blessures sont aussi des ouvertures

"C'est en soi qu'il faut chercher. D'où l'importance du vertige, de la blessure, de la maladie, de l'hiver, du brouillard. Tout ce par quoi nous éprouvons notre solitude et notre fragilité. Car il s'agit d'innover et de rendre lisible de nouvelles images, où et comment les trouver ? Inutile de faire comme la plupart des artistes et de suivre le dogme du voyage en Italie pour consolider son apprentissage, inutile de s'inspirer des maîtres du passé, de se soumettre à la copie. Inutile de s'agiter, de se presser, de s'opposer frontalement aux académies. Le plus essentiel se situe dans une effrayante proximité, c'est en soi qu'il faut chercher. En 1787, lors d'une séance de patinage, la surface de la glace se rompit sous les pieds du jeune Caspar. C'est son frère cadet qui le sauva mais disparut à son tour, noyé sous la glace. Difficile d'imaginer le poids d'un tel désastre. Difficile aussi de ne pas relier, même par un fil ténu, le vertige d'une telle rupture, d'une telle culpabilité et l'appel en soi de la tragédie du paysage. S'il s'agit de faire "monter au jour ce que tu as vu dans ta nuit, afin que son action s'exerce en retour sur d'autres êtres, de l'extérieur vers l'intérieur", alors il est impossible de ne pas accepter cette montée en soi de la nuit, ce maintien à vif de la blessure. Dans Le Ravin (1821) comme dans La Caverne (1813), la surface se fracture et ouvre sur l'énigme d'un trou noir, réserve obscure qui attire et effraye. Les blessures sont aussi des ouvertures, c'est en elles qu'il faut puiser."
 
Voir est un art - Christine Cayol  - A fondé le cabinet Synthesis, qui accompagne les équipes dirigeantes dans leur développement stratégique et humain en utilisant le détour par l'art.
 
Caspar David Friedrich - La mer de glace ou Le Naufrage

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